Mercredi 29 avril 2009
Par VOX MEDITERRANEI
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Dimanche 26 avril 2009

 

La toute jeune association Vox Mediterranei, composée de la présidente Lisa D’Orazio, de la secrétaire Lisa Bartoli, de la trésorière Diana-Eva Teillaud Murracioli et du chargé de communication Michael Pellegrini, organisait le 25 avril ses premières rencontres-dégustation autour des saveurs méditerranéennes avec l’aide de Marc-Aurèle Armani et de l’équipe du Tennis bar du Casone à 16 h 00. Les associations Atlas et Su Nuraghe ont fait découvrir à un public nombreux, tout cela gratuitement, leurs produits : fromages sardes, saucissons sardes, gâteaux secs côtoyaient les pâtisseries orientales réalisées le jour même pour l’événement. Pendant, ce temps, David et Jean-Pierre Mezzacqui restaurateurs de l’Altru Versu, membres de Cucina Corsa ont effectué en direct une démonstration de 3 recettes qui a séduit le public.

Ce même public et les trois associations présentes ont été enchantés par cette première rencontre, notamment les présidents des associations Mario Farina et M.Sinni et Mme Merlinghi accompagnée des membres d’Atlas.

Etaient présents aussi M. le Maire Simon Renucci, les conseillers municipaux François Pieri et Tumasgiu D’Orazio. Une délégation du fameux syndicat guadeloupéen LKP menée par le responsable STC Ghjvuan Lucca Morucci a tenu à assister à ce premier événement. Elle a confié apprécier l’initiative : « C’est une démarche d’autant plus intéressante qu’elle est menée par des jeunes » affirmaient-ils, « ça nous donne des idées pour chez nous » et l’envie de renouveler très vite cette première expérience gustative !

Par VOX MEDITERRANEI
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Lundi 13 avril 2009

« Vox Mediterranei » vi rigala una stonda di spartera è di scuperta di tutti i piatti di u Mare Terraniu. In sta festa di u « Mediterraniu da manghjà », omu pò tastà sosule chì si trovanu in giru à u Mare Mediterraniu.

Sta manifestazione s’hà da passà sabbatu u 25 d’Aprile à partesi di quattru ore à u Tennis Bar di u Casone in Aiacciu.

U scopu sarà di fà scopre à u pubblicu d’aiacciu e spezialità di certi Paesi mediterranei : A Sardegna, U « Maghreb » è a Corsica di sicuru. L’associi prisenteranu stu ghjornu l’arte di a cucina cum’è un rigalu : ùn ci sarà bisognu di pagà ! Pè compie sta festa un cuncertu sarà urganizatu in serata…

Tutt’ognunu a sà, a robba da manghjà hà sempre datu à l’omi u piacè di scuntrassi è d’esse inseme. Ghjè vera chì a cucina hè u spechju di l’identità è porta a memoria è l’usi di i populi. Si spera chì stu scontru ci aiuterà à fà nasce a gioia di a tavula cumuna è di u pane spezzatu trà di noi in fratellenza. È cusì sia !

 

         Tuttu hè rigalatu !

 

         Associi :

 

-         Atlas

-         Su Nuraghe

-         Cucina Corsa (David Mezzacqui).

 

Sustegni :

 

-         Equipe du Tennis Bar du Casone.

 

Prugramma :

 

-         Apertura di a festa à 4 ore dopu meziornu.

-         Prisentazione di l’associi è di a ghjente chì ne face parte à 4 ore è mezu.

-         Scuperta di l’arte di a cucina da 5 ore à 5 ore è mezu.

-         Mostra cù David Mezzacqui di Cucina Corsa à partesi di 5 ore è mezu.

-         Cuncertu da 6 ore è mezu à 8 ore..

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Samedi 11 avril 2009
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Vendredi 3 avril 2009

 

 

 

 

Vox Mediterranei présente un moment de partage et de découverte pour fêter la Méditerranée. La Méditerranée se déguste est un marché découverte des senteurs et des saveurs du bassin méditerranéen. L’évènement aura lieu l’après midi à partir de 14h le 25 avril au Tennis Bar du Casone.

Le but est de faire découvrir gratuitement au public ajaccien les spécialités des pays qui l’entourent : la Sardaigne, le Maghreb et bien sur la Corse grâce à de nombreuses associations. Un concert aura lieu en fin d’après midi pour rendre cette journée de partage encore plus festive.

Quoi de mieux pour se comprendre que de se retrouver autour de la gastronomie trait d’union des cultures !!! Car la gastronomie fait partie intégrante de nos identités, de nos cultures et de nos mémoires.

 

Associations :

Atlas

Su nuraghe

Cucina Corsa, David Mezzacqui

 

Sponsors :

Equipe du tennis bar du Casone

 

 

Programme de la dégustation :

-         Ouverture à 16h00

-         Présentation des associations et des participants 16H30

-         Débat autour des savoir-faire  17H00-17H30

-         Démonstration avec David Mezzacqui 17h30

-         18H30 / 19H00 Concert

Par VOX MEDITERRANEI
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Vendredi 3 avril 2009

Après une longue absence, nous vous livrons le bilan de l'année 2008:
en octobre nous avons réalisé un évènement l'oeil de la caméra au palais des congrès d'Ajaccio. Nous vous remercions d'être venus nombreux.
Cet évènement nous a encouragé à continuer et si vous voulez nous rejoindre vous êtes les bienvenues....

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Samedi 21 juin 2008
Le 16 mai dernier l'Amicale des Corses d'Aix en Provence nous accueillait.
Cette première rencontre fut des plus chaleureuses, l'âme de notre île était bien présente ce soir là.
Au programme : présentations, échanges d'idées et fraternité.
Un grand merci à toute l'équipe de l'Amicale pour leur accueil ...
Au plaisir de faire quelque chose ensemble dans un avenir proche.
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Lundi 16 juin 2008
Nous ferons bientôt part de notre programme pour cet été qui s'annonce festif et intéractif. Vox Mediterranei va bouger et faire bouger votre été...
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Lundi 16 juin 2008

 

Procès Verbal de l’assemblée Générale Extraordinaire de l’association Vox Mediterranei du 29/12/2008 à 14h

 

Siège social : 15, Avenue Impératrice Eugénie 20000 Ajaccio

 

L'assemblée est présidée par Mlle D’ORAZIO Lisa en l’absence du Président. Le secrétariat est assuré par Melle Lisa Bartoli.

Conformément aux statuts, l'assemblée générale extraordinaire s'est réunie sur convocation de son Bureau au 15, Avenue Impératrice Eugénie 20000 Ajaccio.

Etaient présents 5 membres de l’association et 10 pouvoirs. Le bureau était réuni pour son renouvellement. Un vote à l’unanimité a permis d’élire le bureau. L'assemblée agrée le nouveau bureau. Il se compose donc de :

-Mlle D’orazio Lisa, Présidente

-Melle Bartoli Lisa, Secrétaire

-Mlle Teillaud-Murracioli Diana-Eva, Trésorière

Ce bureau remplace l’ancien composé de :

-M. François-Joseph Scanavino, Président

- Melle D’orazio Lisa, Secrétaire

- Melle Linza Léa, Trésorière

-M. Pellegrini Mickaël, Responsable communication

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est close.

De tout ce qui précède, il a été dressé le présent procès-verbal, signé par tous.

 






Nous souhaitons la bienvenue à deux nouveaux membres: Lisa Bartoli en qualité de secretaire adjointe et Mickaël Pellegrini, responsable à la communication. 

Bon travail parmi nous... 

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Lundi 5 mai 2008
Le 16 mai, l'amicale des Corses d'Aix en Provence accueille à 18 h notre association en ses locaux. Un débat sera organisé et ouvert à tous pour faire découvrir notre démarche. Le président François Joseph Scanavino et la trésorière Léa Linza répondront aux questions de tous et parleront des futurs évènements organisés par notre association.
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Lundi 7 avril 2008
Nous avons réuni le 27 mars une assemblée pour remplacer notre trésorier Ghjuvantumasgiu D'Orazio. Léa Linza a été nommée. Nous lui souhaitons la bienvenue parmi nous.
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Lundi 7 avril 2008
 Voici, le premier article sur les défis migratoires rédigé par Serge Demailly.
Bonne lecture à tous!
Nous attendons vos commentaires à la suite de ce mot de présentation...
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Mercredi 5 mars 2008
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Mardi 4 mars 2008
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Mardi 26 février 2008
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Mardi 26 février 2008
Nous sommes mercredi 27 février sur Alta a 20h15 avec radio Studientina, ou en podcast sur le site d'alta Frequenza.
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Mercredi 20 février 2008
Par VOX MEDITERRANEI
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Mardi 19 février 2008
Vox-mediterranei-Mensuel-CORSICA-f-vrier-2008.jpg
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Mardi 12 février 2008
Brèves méditerranéennes
 
 
CONFERENCE 
 
J'effectue une conférence au palais des congrès le 20 fevrier, mercredi à 18H30 sur "généalogie d'un regard, la Corse à la télévision". Lisa D’Orazio 
Entrée libre.
 
VOX MEDITERRANEI : LA PRESSE EN PARLE !!
 
Corsica et Vous ainsi que Corsica Nova nous ont consacré deux articles :
 les liens seront disponibles très prochainement.
 
 
MANIFESTATION
 
Forum Social Maghrébin
 
Le « Forum social marocain tourné vers le Maghreb, l’Afrique pour un Monde meilleur », les 25, 26 et 27 janvier à Bouznika au Maroc, a remporté un beau succès à la fois par son contenu et par sa fréquentation, près de 1500 participants, soit le double de celle attendue.
 
Le forum Social Maghrébin (FSMagh), en gestation depuis trois ans, devait initialement se tenir dans les mêmes dates à Nouakchott en Mauritanie, où depuis le coup d’Etat militaire de 2005 se profilait un dégel de la société civile. Or, voilà quelques semaines, le nouveau gouvernement mauritanien a décidé souverainement de « reporter » le FSMagh. Malgré les difficultés de tous ordres, parmi lesquelles l’autonomie du FSMagh par rapport aux pouvoirs nationaux n’est pas des moindres, un Forum social transversal au Maghreb a finalement été organisé au Maroc en remplacement. Diverses rencontres se sont tenues par ailleurs à Alger et Nouakchott.
 
Parmi les réussites à mettre à l’actif de la rencontre, un débat public sur les droits humains au Maghreb a réuni la quasi-totalité de la Coordination Maghrébine des Droits humains (Comdh), qui déjà avait été créée lors de « l’Assemblée préparatoire » du FSMagh à Bouznika en janvier 2006. A l’issue de la réunion, Khadija Ryadi, présidente de l’Association marocaine des Droits de l’homme, sourit : « l’année 2008 verra certainement le décollage de la Comdh ».
 
Autres succès majeur à mettre à l’actif du Forum Social de Bouznika, la coordination des mouvements travaillant sur les flux d’immigration entre Afrique subsaharienne, Maghreb et Europe, continue de progresser. Egalement, la question du Sahara Occidental a pu être discutée avec l’ensemble des acteurs concernés, pour la deuxième fois au Maghreb, le précédent ayant eu lieu lors de l’Assemblée préparatoire du FSMagh de janvier 2006.
 
De fait, le Forum Social a permis utilement l’expression, voire la confrontation, des identités et mouvances politiques qui travaillent le Maghreb : pro- ou anti-indépendantistes sur la question du Sahara Occidental, courants amazighs et arabophones, tendances de gauche et d’extrême gauche… Et bien sûr, omniprésent, transparaissait la ligne de fracture entre militants démocrates laïcs et ceux d’identité politique musulmane et islamiste, tous réunis pour le forum malgré l’absence des figures de proue des partis islamistes qui avaient focalisé l’attention lors des élections marocaines de l’automne dernier. Les mouvements jeunes et des quartiers populaires présents, forts d’un travail social et éducatif local impressionnant, s’accommodaient quant à eux assez naturellement d’une juxtaposition des militants de sensibilités diverses, comme l’ont prouvé les associations présentes, notamment RESAQ, réseau des associations de quartiers et bidonvilles du Grand Casablanca, forte de 400 participants au Forum de Bouznika.
 
Rares étaient les Libyens présents, « en raison de la faiblesse de la société civile dans ce pays », résume le Marocain Kamel Lahbib, fondateur de l’Espace associatif à la fin des années 90 et plus récemment du Forum Alternatives Maroc (FMAS), une organisation pivot dans l’organisation du Forum. Le secrétaire général de la Ligue des droits humains libyenne, Sliman Bouchuiguir, lui, ironise en tribune sur la situation des militants de son pays : « pardon de ne savoir bien parler, en Libye nous avons d’abord appris à écouter… En Libye, nous ne réclamons pas des élections libres, mais simplement des élections, même truquées. »
 
La représentation algérienne était quant à elle source de batailles politiques en amont du Forum du fait de tensions autour notamment du « Forum Social Algérien », association dont la légitimité contestée. Une « deuxième délégation », composée particulièrement du RAJ (Rassemblement Actions Jeunesse) et du Collectif des familles des disparus a fait entendre cependant à Bouznika les voix des mouvements sociaux et revendications démocratiques algériennes. Les syndicats autonomes de la fonction publique, qui préparent d’importantes grèves nationales en Algérie du 10 au 12 février prochains, étaient absents.
 
A l’issue des assemblées des mouvements sociaux, du dimanche matin, deux communiqués transversaux ont été produits. L’un proteste contre le refus d’entrée sur le territoire marocain opposé à Khemais Ksila, secrétaire général de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme attendu à Bouznika. L’autre appelle à une journée de solidarité maghrébine le 15 février avec Gaza assiégé, et demande l’envoi d’une délégation par le Conseil international des forums sociaux à la frontière palestino-égyptienne ce jour-là.
 
Karine Gantin
Par VOX MEDITERRANEI
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Mardi 12 février 2008
Acte du café-débat du 24 janvier 2008:
Quel travail de mémoire en Méditerranée ? Exemple de la construction d’une Mémoire collective : l’historiographie de la Corse à travers les siècles
 
Intervention de Lisa D’Orazio :
Nous avons voulu débuter notre premier café-débat sur le thème de la Mémoire. Ce champ d’étude est nouveau. En effet, depuis une vingtaine d’années, un peu partout dans le monde, les scientifiques comme l’opinion publique ont redécouvert l’importance de la mémoire dans la constitution de l’identité des sociétés humaines. En témoignent aussi bien les appels répétés au “ Devoir de mémoire ”, le développement de l’histoire orale et des films de témoignages, que le succès de la grande entreprise éditoriale menée par Pierre Nora sur les « lieux de mémoire», et, plus largement, des livres fondés sur le souvenir. De plus, polysémique et plurielle, la notion de mémoire engage tant les mécanismes de rappel et de recouvrement du souvenir, les processus dynamiques et génératifs de relecture des représentations sociales collectives, étroitement liés à la question des identités présentes, que les souvenirs eux-mêmes. Ainsi, le choix de l’intitulé du café-débat est donc pertinent à une époque de « frénésie mémorielle » selon les dires de T. Fabre.
 
 
Contexte de la Méditerranée :
Certes, cette thématique revêt une importance particulière au niveau mondial, mais elle est d’autant plus prégnante en Méditerranée. En effet, il est d’ailleurs à noter selon le mot de T. Fabre que le monde méditerranéen est régi, par un « trop plein de mémoire ». Car il s’agit d’un espace de civilisations simultanées et superposées dont l’originalité réside dans une riche combinaison d’affrontements, de convergences et d’influences croisées. Cette combinaison de diversités conduit à réfléchir non pas à une Mémoire en Méditerranée mais à des mémoires plurielles qui cohabitent et parfois s’affrontent.
 
Les façons d’appréhender la Mémoire en Méditerranée :
Comment est appréhender actuellement cette notion dans cet espace ?
Tout d’abord, on envisage aujourd’hui sur les deux rives une communauté mémorielle. En effet, la communauté mémorielle en Méditerranée existe au niveau de la culture, de la musique mais aussi de la cuisine par exemple. Une synthèse récente des travaux anthropologiques menés en Méditerranée (Albera D., Blok A., Bromberger C. 2001) montre qu’il existe dans les sociétés méditerranéennes une toile de fond commune, un air de famille, jamais uniforme et pourtant présent.
 
Mais la Mémoire en Méditerranée, reste surtout un enjeu politique qui s’inscrit dans une réflexion sur les identités politiques et les interprétations du passé. Ainsi, un des axes importants reste celui des conflits mémoriels. Elément mémoriel par excellence, les conflits font partie intégrante du monde méditerranéen. En effet, sur le Bassin Méditerranéen, s’imposent les mémoires « bruyantes ». plus particulièrement sur les rives de la Méditerranée, les notions de conflits et de guerres, de blessures et de traumatismes sont constamment évoquées.
 
Le Travail de Mémoire :
Ainsi face à cette situation mémorielle, on peut se demander « comment mettre en place un travail de la mémoire en Méditerranée ? ».
Le travail de mémoire serait donc ce processus au cours duquel les représentations dominantes d’une communauté au regard de son passé peuvent être tout à la fois contestées, déplacées, reconfigurées. Si l’objectif de rencontres comme la nôtre est aussi de réfléchir aux conditions pour dépasser les mythes», la question est alors de savoir jusqu’à quel point le travail sur la mémoire peut contribuer à dissiper les incompréhensions et à apaiser les conflits aussi bien intra- qu’intercommunautaires.
Présentation du café-débat :
Pour évoquer ce sujet de la Mémoire en Méditerranée, nous avons voulu nous intéresser à la Corse. La construction d’une Mémoire collective (selon l'historien Pierre Nora « le souvenir ou l’ensemble de souvenirs, conscients ou non, d’une expérience vécue et/ou mythifiée par une collectivité vivante de l’identité de laquelle le sentiment du passé fait partie intégrante ») et la sauvegarde d’une identité sont des éléments majeurs de réflexions depuis les années 70 en Corse. L’île fait partie de ces mémoires difficiles et conflictuelles qui existent de part et d’autre du bassin méditerranéen. Il s’agit bien en effet d’un enjeu à la fois politique et identitaire. Antoine-Marie Graziani va donc nous évoquer comment au fil des siècles s’est construite cette Mémoire collective par le biais des regards de nos voisins méditerranéens et par nos propres regards.
Nous avons voulu de même, le temps de cette intervention, réconcilier Mémoire et Histoire en appréhendant le poids de l’historiographie dans les Mémoires. Car il ne faut pas oublier que selon Pierre Nora : « Mémoire, histoire : loin d'être synonymes, nous prenons conscience que tout les oppose. La mémoire sourd d'un groupe qu'elle soude, ce qui revient à dire, qu'il y a autant de mémoires que de groupes ; qu'elle est, par nature, multiple et démultipliée, collective, plurielle et individualisée. L'histoire, au contraire, appartient à tous et à personne, ce qui lui donne vocation à l'universel ».
 
Conclusion :
Avant de laisser la parole à Antoine-Marie Graziani, je voudrais conclure en quelques mots. Le travail de mémoire est important pour la construction de la Méditerranée. Selon Benjamin Stora : « il est difficile de concevoir une Union méditerranéenne indépendamment de la mémoire des peuples ».
Ainsi, la Mémoire sera présente comme fil conducteur tout au long de nos cafés-débats. Elle sera aussi au centre de notre colloque en juin intitulé Identités et Mémoire en Méditerranée.
 
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L’historien Antoine-Marie GRAZIANI 
Antoine-Marie GRAZIANI, l’historien que l’on ne présente plus.
Professeur des Universités à l’IUFM de la Corse, membre de l’IUF. Auteur de nombreux articles traitant de la Corse et de la Méditerranée occidentale, il a obtenu le Prix du livre corse 1992 pour les Feux de la Saint-Laurent et le Prix de la Région Corse 2000 pour Sampiero Corso, un mercenaire européen au XVI e siècle (en collaboration avec Michel Vergé-Franceschi). Il a signé en 2002 une biographie remarquée de Pascal Paoli, Père de la patrie corse, Editions Tallandier. Faut-il rappeler que depuis 2003 il s’est attaché à publier en une douzaine de volumes (déjà 3 de publiés) toute la correspondance de Pasquale Paoli. Il a réalisé l’exposition itinérante pour la Commémoration du bicentenaire de la mort de Pasquale Paoli.
Pour une première manifestation de Vox Mediterranei, on ne pouvait rêver mieux.
INTERVENTION d’Antoine-Marie GRAZIANI :
L’histoire de la Corse a été victime du changement d’identité que l’île a connu lors des siècles derniers. Cette identité originale consistait bien sûr en une certaine lecture de la Corse telle qu’elle se construisait. Mais aussi, nécessairement en une certaine vision du passé qui permettait de donner un sens à cette identité nouvelle. Ainsi, la mémoire collective s’est forgée à travers ces mutations. On peut dire alors qu’il existe plusieurs mémoires et aussi plusieurs histoires. Comment donc construire un travail de mémoire en Corse ? Comment comprendre les influences d’une historiographie marquée par deux moments fort : une Corse italienne et une Corse française ? Ces questionnements sont à même de nous aider à définir une identité et une mémoire collective construite au fil des siècles. Le but de cette intervention est donc de revenir sur une historiographie française et italienne riche de manière chronologique, qui ont permis l’élaboration d’une image forte de l’île.
 
 
Antiquité :
La période Antique est appréhendée grâce aux textes d’auteurs antiques qui ont été regroupés dans un corpus constitué par Olivier Jehasse dans Corsica Classica. Selon Olivier Jehasse, il paraît plus juste, dans l’attente de découvertes archéologiques probantes, de chercher une explication à travers les textes antiques et l’étude linguistique contemporaine. On y trouve entre autres Strabon, l’Itinéraire d'Antonin, ou encore Ptolémée.
Ces textes ne posent pas de problèmes majeurs d’interprétations et constituent des témoignages forts d’une époque.
 
Epoque moderne :
Révoltes, répressions, révolutions, changements de régime se succèdent à un rythme rapide de part et d’autre d’une longue période de paix génoise. L’époque moderne en Corse constitue 250 ans d’une histoire riche en événements.
Un auteur marque particulièrement la période. Agostino Giustiniani, homme d’Eglise de Rapallo, évêque du Nebbio rédige entre 1526 et 1530, l’essentiel de sa description de la Corse, Dialogo nominato Corsica. Il ne s’agit pas seulement d’un traité de géographie, mais d’une œuvre de premier plan d’un humaniste. Il est un excellent informateur sur l’intérieur de l’île. On trouve chez lui un très grand souci du détail, particulièrement pour le nord de l’île : lieux habités, rivière, productions, églises. Cependant, l’analyse des Corses repose sur leurs défauts congénitaux (fainéants, mauvais agriculteurs, faux témoins). Mais l’on peut relever face à ces énumérations négatives, ce qu’il y a d’éternel dans cette Corse des chefs locaux toujours prêts au combat, cette Corse des Caporali du Nebbio auxquels il a été si souvent confronté. Cette œuvre marque considérablement l’époque moderne et s’impose durant des siècles comme une référence.
 
Ainsi, le Chroniqueur Marc’Anton Ceccaldi s’inscrit dans cette veine et revisite l’œuvre de Giustiniani. Il évoque les malheurs du 16ème siècle, où se déroulent les guerres dites des français et de Sampiero Corso sur fond de famine et d’invasions barbaresques en reprenant bien des idées du premier auteur.
Anton Pietro Filippini (1530-1594), ami du précédent, vicaire du diocèse de Mariani, quant à lui, récupère les deux textes des précédents dans son œuvre Historia di Corsica qui remporte un vif succès. En effet, toute la partie géographique de l’ouvrage est due au texte de Giustiniani.  Malgré qu’il soit Corse, il poursuit l’analyse de celui-ci sur ses compatriotes en évoquant leurs défauts très marqués.
Ces diverses visions de la Corse restent donc fortement marquées par l’œuvre de Giustiniani.
 
Á partir du XVIIème siècle, on s’intéresse davantage à l’île. La mode des ouvrages iconographiques permet de mieux connaître la Corse en Europe. Ainsi, Cesare Rippa écrit à la fin du 16ème siècle un ouvrage d’images effectuées par le chevalier d’Arpin « Iconologia » où il met en scène des décors et des saynètes. La Corse y’est représentée comme une femme maigre au teint clair, accompagné d’un chien féroce. De plus, tout un travail de cartographie est mis à l’honneur.
Il semble donc à l’aube du 18ème siècle que l’image de la Corse évolue.
 
Au XVIIIème siècle :
Au 18ème siècle, la Corse devient objet de discours du fait de son histoire troublée. Ambroggio Rossi (1754-1820) fait le lien entre l’époque moderne et contemporaine. Supérieur du couvent d’Ajaccio, grâce à la protection des Bonaparte, consulte l’Archivio secreto de Gênes qui nourrissent les Osservazioni storiche sopra la Corsica. Ses sources, malgré l’absence de méthode critique et ses positions pro-françaises, font de son œuvre un ensemble abondamment documenté mais contestable.
 
 
Au XIXème siècle
Après la fin de l’Empire et sous la Monarchie, sont publiées beaucoup d’histoires de la Corse. Ainsi, Francesco Ottaviano Renucci (1767-1842), administrateur sous Napoléon en Corse, publie deux volumes d’une Storia di Corsica (183-1834) qui connut un réel succès. Habilement, il néglige l’histoire ancienne pour s’étendre sur la période contemporaine. Même s’il est armé de convictions républicaines et francophiles, le travail de Renucci ne souffre pas de partis pris trop saillants. Avant de disparaître, il rédige Memorie, véritable réservoir d’images, de portraits et d’anecdotes, qui sont la face cachée de l’œuvre officielle. Il ne s’agit pas d’un ouvrage écrit jour après jour, mais d’une récapitulation, tardive et subjective, de toute une vie organisée en tableaux de 1767 à 1837. Dans les Memorie, Renucci campe son propre rôle comme celui d’un républicain enlisé dans des contradictions idéologiques et linguistiques qui le rendent paradoxalement plus humain que beaucoup de lettrés corses de son temps. Il est un de ces érudits qui ont contribué par des œuvres comme Memorie à la construction d’une mémoire exploitée de nos jours par les historiens.
 
Son élève, Joseph-Marie Giacobbi (1804-1870), rédacteur en chef de L’écho de la Corse, est aussi l’auteur d’une Histoire de la Corse en 1830 en français. Il s’agit d’une histoire « plutarquisante » des hommes illustres. Le livre se construit sur une double articulation Sampiero et Paoli. On traite de Napoléon à part.  Il s’inscrit dans la voie des historiens romantiques qui expédiaient les cent soixante années séparant la fin des guerres de Sampiero (1569) du début des Révolutions de Corse (1729) par une formule « le siècle de fer » et quelques rares pages.
Cependant, d’autres travaux apportent un souffle nouveau. Le milieu de siècle est donc marqué par les travaux de Gregorj Jean Charles (1797-1852). La réédition en 5 volumes de Filippini, qu’il réalise, éclaire le 16ème siècle insulaire. Il publie entre autre les statuts civils et criminels de la Corse. Il est surtout un des pionniers qui sut démanteler les images et les clichés qui encombre depuis toujours le passé de l’île. Il contribue ainsi à transformer l’idée que le large public se faisait de l’histoire de La Corse au milieu du siècle.
 
Après une période un peu creuse, survient un regain d’intérêt pour l’histoire de la Corse. En 1880 est fondé à Bastia, la Société des Sciences historiques et naturelles de la Corse. Cela contribue à la redécouverte des écrits des siècles précédents grâce à de nombreux travaux historiques. La redécouverte de ces récits par des érudits et des historiens permet l’écriture de nouvelles histoires de la Corse. Colonna de Cesari Rocca Raoul est au fait de cette initiative. Historien de la Corse et biographe, il écrit en plus de ses publications une Histoire de la Corse à la fin du 19ème siècle.
Ainsi, les travaux de Gregori, ceux, autour de l’abbé Letteron, de l’équipe du Bulletin de la société des Sciences de Bastia, d’un Cesari-Rocca à la fin du 19ème siècle, ont révélé au public des pans entiers d’une histoire et originale, et obligé les historiens de leur temps à quelques évolutions conséquentes. Ils ont servi de terreau, à toute recherche historique jusqu’aux années 60.
 
Au XXème siècle :
A cette époque, les études sur la Corse (qu’on n’appelle pas encore recherche scientifique) se ressentent d’une part de l’absence d’université qui laisse le champ libre à des amateurs souvent discutables, d’autre part des présupposés idéologiques que le conflit franco-italien impose aux chercheurs, sans qu’ils en aient toujours conscience.
 
Ainsi, l’historiographie corse s’est aussi construite grâce aux regards des historiens italiens des années 30-40. Au début du 20ème siècle, il existe deux écoles en Italie. En premier lieu, il s’agit d’une école nationaliste. Volpi qui a fabriqué une histoire de la Corse irrédente, en est l’instigateur. En 1930, il créé la Revue Archivio Storico di a Corsica. En dépit d’une profonde orientation fasciste et irrédentiste conduisant à l’interdiction de commercialiser la revue sur le territoire français, il s’agit d’un gisement de documents, souvent inédits, recueillis avec une rigueur scientifique irréprochables. Il est quand même un grand historien, même s’il est monarchiste et nationaliste. Il développe l’image d’une Corse irrédente et il reprend néanmoins l’idée d’une Corse « cage sans les oiseaux ». . Ses oeuvres furent cependant interdites par les fascistes et puis après par les républicains.
 
Une deuxième école s’est substituée à la première en 1943. Franco Venturi, jeune historien, critique ce travail dès 1930. Il récuse l’irrédentisme. Pour lui, « la Corse n’est pas cet ensemble italien ». Il étudie de son côté la Corse de Paoli comme un moment d’indépendance mais non plus un moment de refus de Gênes. Cette idée émise pour la première fois fait des émules. L’historiographie italienne s’en trouve marquée. Elle devient alors le croissement entre ces deux présentations de la Corse.
Ainsi, Enersto Sestano, historien marxiste dans les années 60, se pose des questions sur la société corse. Pour la première fois, en Italie et en France, l’histoire événementielle qui stigmatisait la Corse depuis des siècles cède le pas à une histoire de l’homme et d’une collectivité. Il s’agit peut-être d’un premier pas vers une nouvelle histoire de la Corse, telle qu’on l’appréhende aujourd’hui.
 
Comment s’est construite l’histoire corse contemporaine ?
L’intérêt pour l’île trouve donc son expression dans le renouveau culturel qui se manifeste depuis 1970. Comme à la fin du 19ème Siècle et au cours de l’entre-deux-guerres, la revendication s’exprime aussi sur le terrain culturel. C’est une forme de réponse plus ou moins conséquente et collective à l’accélération des processus d’assimilation ou d’agression à l’égard du milieu local, l’expression d’un rejet d’une image dégradante d’une Corse folklorisée et transformée en produit de consommation « qui se vend bien »[1]. Une fièvre de publications, souvent fort savantes, emplit les vitrines des librairies de livres nouveaux, chaque mois plus nombreux.
 
En quelques années le nombre des travaux sur la Corse s’accroît. En outre, la recherche prend de nouveaux visages. L’influence de l’École Française des Annales s’exerce sur les historiens corses, ce qui se traduit par de nouvelles méthodes et le défrichement de champs nouveaux. L’histoire bénéficie des techniques et d’un esprit d’innovation. L’utilisation du matériel documentaire se trouve facilitée par le micro-filmage.
Il s’agit donc du début d’entreprises systématiques de dépouillement et de micro-filmage d’archives médiévales, pisanes et génoises[2]. C’est le cas de la partie moderne des mêmes archives microfilmées par le Centre d’Études Corses d’Aix sous la direction de Francis Pomponi et des archives privées de l’île par le Père André Marie[3].
Parallèlement, la tendance à l’histoire économique et sociale s’affirme avec Francis Pomponi[4] (quelques essais pour une histoire marxisante). Francis Pomponi effectue quelques analyses socialisantes avec par exemple un travail sur les cahiers de doléance de 1789. Antoine Casanova[5], lui, explore les rapports entre technique et société ou les confins de l’histoire et de l’ethnologie ; François Joseph Casta assure la place de l’histoire religieuse[6], et enfin Jean-André Cancellieri en tant que médiéviste, rend compte de toutes les richesses des registres des notaires génois[7].
De même,à l’heure des synthèses, un public plus exigeant réclame des ouvrages d’histoire sérieux. « Histoire de la Corse », tel est tout simplement le titre de l’ouvrage collectif publié chez Privat en 1971 sous la direction de Paul Arrighi[8]et de la synthèse de Francis Pomponi chez Hachette en 1979[9]. Un vulgarisateur comme Pierre Antonetti garde, lui aussi, la même simplicité de titre[10].
Pourtant, les années 70 n’ont pas produit de grandes histoires de la Corse. Issues de l’application à l’histoire insulaire des catégories d’une histoire sociale dominante aujourd’hui remise en cause, elles ont abouti, le plus souvent à un placage de schémas partisans qui se sont révélés inadaptés à l’étude de l’histoire corse.
 
   Cependant, à la fin des années 70 survient un bouleversement majeur dans le cadre de la recherche : l’anthropologie sociale anglo-saxonne invente la notion de société méditerranéenne. L’attention est mise sur les valeurs qui régissent les sociétés méditerranéennes comme l’honneur, la solidarité familiale ; valeurs inséparables des structures et des comportements sociaux : la parenté, le clientélisme, les rapports de propriété, le droit pénal coutumier, etc.…
Intégrée à ces recherches, la Corse retrouve toute sa place dans le monde méditerranéen. Ce développement de l’anthropologie sociale ouvre un dialogue avec les ethnologues travaillant sur d’autres secteurs de la Méditerranée, comme on l’a vu dans de nombreux colloques, dont les actes ont été publiés dans la revue Études corses : « Femmes corses et Méditerranéennes » (1976) ; « La mort en Corse et dans les sociétés méditerranéennes »(1979) ; « Femmes et patrimoines dans les sociétés rurales de l’Europe méditerranéenne »(1987) ; « Banditisme et violence sociale dans les sociétés méditerranéenne »(1993)[11]. L’insertion de la Corse dans le monde méditerranéen et dans l’ethnologie méditerranéenne s’est ainsi trouvée consacrée. Cela est peut-être à la source d’une nouvelle façon de voir l’île et d’une nouvelle historiographie.
 
 
Conclusion : Exemple de fabrication d’une mémoire collective :
Pour conclure, cette énumération historiographique, Antoine-Marie Graziani parle de deux éléments de mémoire qui ont marqué son vécu personnel et qui contribue à démystifier les mécanismes de construction d’une Mémoire collective à la fois populaire et érudite.
En 1992, José Stromboni et Antoine Graziani écrivent sur l’histoire des 3 pievi. A Campo, le 10 août 1615, jour de la Saint Laurent, au bout de 4 années de revendications, la colère des populations des Trois pievi de Cauro, d’Ornano et du Taravo face au gouvernement génois, déterminent un groupe d’hommes à commettre, au cours de la fête patronale du village, un des plus épouvantables massacres de la Corse à l’époque moderne. Gênes mènera en représailles une opération d’envergure : sept hommes seront pendus, plusieurs dizaines d’autres seront mis aux galères.
Pourtant, cette révolte, annonciatrice par tant de points des révolutions de l’île au XVIIIème siècle, n’aura pas de postérité. Elle sera refoulée dans les esprits, ou repoussée dans le temps, abandonnée à la mémoire orale et par là destinée à se perdre.  Ainsi, durant longtemps, il n’existait pas de source hormis des écrits de Pierre-Paul Peretti, érudit. Celui-ci s’est inspiré lui-même des documents d’un percepteur féru d’histoire et qui a recueilli ces informations chez les gens grâce à la mémoire orale. Antoine Graziani et José Stromboni, avant d’entamer le dépouillement des documents eux-mêmes, avaient recherché chacun de leur côté ce qui restait chez les habitants des 3 pievi ce qui restait de la révolte et du massacre dans la mémoire populaire. Ceux-ci ont voulu oublier cette sauvagerie et ont reconstruit une mémoire plus apaisée où les détails les plus violents ont été oblitérés.
 
 Un autre exemple de cette construction d’une mémoire collective, nous est offert dans cette intervention. Originaire de Morsiglia, Antoine-Marie Graziani se souvient de l’histoire de Mammi Corso, comme d’un moment où la mémoire orale rejoint les faits historiques.
Né dans le Cap Corse, Filippo de Pino, plus connu sous le nom de Mammi Corso, apparaît comme un personnage essentiel de l’histoire de Corse au XVIème siècle. Converti à l’Islam, s‘emparant des biens et des personnes, pratiquant la politique de la terre brûlée, il sillonne la Méditerranée. Ainsi en mai 1560, la flottille de Mammi Corso attaque-t-elle Centuri, puis Morsiglia où elle brûle une trentaine de maisons, fait main basse sur le trésor du couvent. Un peu plus chanceux, le supérieur des franciscains de Pino, ancien maître d’école de Mammi, réussira à éviter le saccage. Il lui conseille d’aller à Morsiglia et à Centuri qui sont des villages de riches selon ses dires.
Ainsi, dans les villages de Morsiglia et de Centuri, le souvenir en est resté par le biais d’un dicton sur les gens de Pino. Cette histoire a été relatée par Filippini aussi permettant de fixer le souvenir dans les mémoires villageoises. 
 
Pour conclure, on peut dire que notre mémoire est construite par le souvenir populaire, mais aussi  par des publications savantes qui sont soumises au plus grand nombre grâce à la presse et aujourd’hui grâce aux médias notamment aux reportages d’une télévision régionale comme France 3 Corse. Comme le souligne Patrick J. Geary, la mémoire « jouait un rôle fondamental dans la façon d’appréhender le monde contemporain… Ceux qui pouvaient contrôler le passé pouvaient commander l’avenir… »[12]. La tentation a donc été grande chez les historiens du XIXème siècle et même du XXème siècle de manipuler leur passé, personnel, familial ou collectif, de le recréer, éliminant ou conservant des éléments selon leur bon vouloir en cherchant toujours à organiser ceux-ci de façon à proposer une interprétation ayant valeur de programmes pour le présent. A nous, d’aider avec vigilance à la construction quotidienne de notre mémoire.
 
Conclusion : pour aller plus loin Trous de Mémoire on-line.


[1] Ibid.
[2] J. Renucci, La Corse, op. cit, p. 118.
[3] Ibid.
[4] F. Pomponi (dir.), Le Mémorial des Corses, SARL le Mémorial des Corses, Ajaccio, 1982.
[5] A. Casanova, La Révolution française en Corse, Privat, Paris, 1989.
[6] F. J. Casta, Santa Ristituda di Calenzana, Lescuyer, Lyon, 1977.
[7] J-A. Cancellieri, Bonifacio au Moyen Âge, Albiana, Ajaccio, 1997.
[8] P. Arrighi (dir.), Histoire de la Corse, Privat, Paris, 1971.
[9] F. Pomponi, Histoire de la Corse, Hachette, Paris, 1979.
[10] P. Antonetti, Histoire de la Corse, Robert Laffont, Paris, 1973.
[11] Ibid., p. 441.
[12] Cité in P.Geary, (1996), pp.24-25.
Par VOX MEDITERRANEI
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